NON-AGIR et PERFECTION
L’homme n’atteint pas l’état du ‘non-agir’,
soit la libération des chaînes du karma,
en s’abstenant d’agir.
Le simple renoncement (aux actes) ne mène pas à la perfection.
(BG 03/04)
Théorie :
1 Selon la conception orientale, et selon l’évidence expérimentale non moins, l’existence procède de façon cyclique. Elle est indéfinie (BG 13/19) et les différents êtres y sont répartis hiérarchiquement (BG 14/18). L’ensemble de l’existence est la manifestation d’un Principe divin absolu, lui-même non manifesté : Brahman (BG 08/18). La vie de chaque être individuel, elle-même sans début et sans fin, est rythmée par les naissances et les morts (BG 04/05). Les conditions d’une naissance dépendent de l’orientation spirituelle de l’être au cours du cycle précédent de son existence (BG 13/21).
2 Le mot karma, signifiant littéralement ‘action’, désigne aussi les conséquences de l’action, qui conditionnent la situation existentielle d’un être à sa naissance. La série des actions causant les conséquences karmiques est appelée chaîne du karma parce que chaque état existentiel recèle de la souffrance et de la mort à des degrés divers selon sa situation dans la hiérarchie des êtres (BG 18/40). Le but ultime du yoga est la libération des chaînes du karma, pour intégrer le principe divin non manifesté (BG 18/50). Le sutra enseigne qu’on se libère des chaînes du karma par le non-agir.
3 Cette notion est étrangère à la culture occidentale, tant profane que religieuse. Ce qui n’a pas empêché certains grands mystiques d’en avoir l’intuition et de la vivre, comme maître Eckhart ou Jésus lui-même (Jn 14/20 = P 263). Bien que l’Évangile envisage la question en langage symbolique, la théologie officielle, dite ‘théologie positive’ l’ignore. Le sutra précise que le non-agir, contrairement à l’apparence des mots, ne consiste pas à s’abstenir d’agir. Il ne s’agit pas de renoncer aux actes, chose d’ailleurs impossible pour un être corporel.
4 De quoi s’agit-il alors ? Cela ne sera développé que plus tard dans la Bhagavad Gita. Il convient d’agir conformément au plan divin de l’harmonie du monde sans attachement individuel aux fruits de l’action (BG 18/11). Toute action motivée par l’égocentrisme est donc éliminée. Reste la notion de perfection qui, elle aussi, sera développée à la suite de la Gita. Qu’est-ce que la perfection pour un être présentement humain ? L’homme atteint la perfection, en adorant celui de qui sont émanés les êtres, et qui pénètre toute chose, et ceci par l’accomplissement de son devoir propre (BG 18/46).
5 Deux conditions sont nécessaires à la perfection humaine. La première, adoration de celui de qui sont émanés les êtres, implique une foi adamantine en Dieu, comme principe transcendant, et aussi immanent de toute existence (qui pénètre toute chose). Le yogi vit par et pour Dieu, en tout temps et quoi qu’il fasse. Jésus en présente aussi l’idéal : Amen Amen, je vous le dis, le fils ne peut rien faire de lui-même, s’il ne le regarde faire par le père ; en effet ce que fait celui-là, le fils le fait de même (Jn 05/19 = P 112).
6 La deuxième condition de la perfection humaine est l’accomplissement de son devoir propre. L’idée est que le créateur ne se répète jamais. Chaque être est spécifique et de même sa fonction et son rôle dans l’univers. Par conséquent, il n’existe pas un modèle de perfection identique pour tous ; l’idéal spirituel n’est pas un monde de clones. Plus un être adhère à sa vraie nature et à sa vocation propre, plus il tend vers la perfection.
Pratique :
1 Premièrement : Les hommes qui estiment que « La vie (mortelle) est belle » et qui ne conçoivent rien de supérieur ne sont pas concernés par cet enseignement. S’ils sont bien dans la ronde des naissances et des morts, qu’ils y restent. Jésus les appelle ‘les morts’ même de leur vivant (Laisse les morts enterrer leurs morts : Mt 08/22 = P 151).
2 Deuxièmement : la léthargie, la paresse, le laisser-aller, la négligence ne sont pas au programme, puisqu’il n’est pas question de s’abstenir d’agir (BG 18/28 et 35).
3 Troisièmement : Sans rien nier ou diaboliser dans ce monde mortel, il convient d’y vivre dans la conscience de Dieu et en vue de Dieu.
4 Quatrièmement : Il faut arriver à rendre clairement consciente la vocation propre à chacun et à lui trouver un lieu d’exercice, ce qui n’est pas aisé dans le monde moderne ignorant ou déniant toutes ces notions. Jésus répond à ce problème par L’Ouvrier de la Onzième heure (P 219 = Mt 20/01-16). La Gita aussi : Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma), même s’il est sans mérite, ou de manière imparfaite, qu’accomplir, même parfaitement, celui d’autrui (BG 03/35).
NON-AGIR et PERFECTION (BG 03/04)
NON-AGIR et PERFECTION (BG 03/04)
NON-AGIR et PERFECTION
L’homme n’atteint pas l’état du ‘non-agir’,
soit la libération des chaînes du karma,
en s’abstenant d’agir.
Le simple renoncement (aux actes) ne mène pas à la perfection.
(BG 03/04)
Théorie :
1 Selon la conception orientale, et selon l’évidence expérimentale non moins, l’existence procède de façon cyclique. Elle est indéfinie (BG 13/19) et les différents êtres y sont répartis hiérarchiquement (BG 14/18). L’ensemble de l’existence est la manifestation d’un Principe divin absolu, lui-même non manifesté : Brahman (BG 08/18). La vie de chaque être individuel, elle-même sans début et sans fin, est rythmée par les naissances et les morts (BG 04/05). Les conditions d’une naissance dépendent de l’orientation spirituelle de l’être au cours du cycle précédent de son existence (BG 13/21).
2 Le mot karma, signifiant littéralement ‘action’, désigne aussi les conséquences de l’action, qui conditionnent la situation existentielle d’un être à sa naissance. La série des actions causant les conséquences karmiques est appelée chaîne du karma parce que chaque état existentiel recèle de la souffrance et de la mort à des degrés divers selon sa situation dans la hiérarchie des êtres (BG 18/40). Le but ultime du yoga est la libération des chaînes du karma, pour intégrer le principe divin non manifesté (BG 18/50). Le sutra enseigne qu’on se libère des chaînes du karma par le non-agir.
3 Cette notion est étrangère à la culture occidentale, tant profane que religieuse. Ce qui n’a pas empêché certains grands mystiques d’en avoir l’intuition et de la vivre, comme maître Eckhart ou Jésus lui-même (Jn 14/20 = P 263). Bien que l’Évangile envisage la question en langage symbolique, la théologie officielle, dite ‘théologie positive’ l’ignore. Le sutra précise que le non-agir, contrairement à l’apparence des mots, ne consiste pas à s’abstenir d’agir. Il ne s’agit pas de renoncer aux actes, chose d’ailleurs impossible pour un être corporel.
4 De quoi s’agit-il alors ? Cela ne sera développé que plus tard dans la Bhagavad Gita. Il convient d’agir conformément au plan divin de l’harmonie du monde sans attachement individuel aux fruits de l’action (BG 18/11). Toute action motivée par l’égocentrisme est donc éliminée. Reste la notion de perfection qui, elle aussi, sera développée à la suite de la Gita. Qu’est-ce que la perfection pour un être présentement humain ? L’homme atteint la perfection, en adorant celui de qui sont émanés les êtres, et qui pénètre toute chose, et ceci par l’accomplissement de son devoir propre (BG 18/46).
5 Deux conditions sont nécessaires à la perfection humaine. La première, adoration de celui de qui sont émanés les êtres, implique une foi adamantine en Dieu, comme principe transcendant, et aussi immanent de toute existence (qui pénètre toute chose). Le yogi vit par et pour Dieu, en tout temps et quoi qu’il fasse. Jésus en présente aussi l’idéal : Amen Amen, je vous le dis, le fils ne peut rien faire de lui-même, s’il ne le regarde faire par le père ; en effet ce que fait celui-là, le fils le fait de même (Jn 05/19 = P 112).
6 La deuxième condition de la perfection humaine est l’accomplissement de son devoir propre. L’idée est que le créateur ne se répète jamais. Chaque être est spécifique et de même sa fonction et son rôle dans l’univers. Par conséquent, il n’existe pas un modèle de perfection identique pour tous ; l’idéal spirituel n’est pas un monde de clones. Plus un être adhère à sa vraie nature et à sa vocation propre, plus il tend vers la perfection.
Pratique :
1 Premièrement : Les hommes qui estiment que « La vie (mortelle) est belle » et qui ne conçoivent rien de supérieur ne sont pas concernés par cet enseignement. S’ils sont bien dans la ronde des naissances et des morts, qu’ils y restent. Jésus les appelle ‘les morts’ même de leur vivant (Laisse les morts enterrer leurs morts : Mt 08/22 = P 151).
2 Deuxièmement : la léthargie, la paresse, le laisser-aller, la négligence ne sont pas au programme, puisqu’il n’est pas question de s’abstenir d’agir (BG 18/28 et 35).
3 Troisièmement : Sans rien nier ou diaboliser dans ce monde mortel, il convient d’y vivre dans la conscience de Dieu et en vue de Dieu.
4 Quatrièmement : Il faut arriver à rendre clairement consciente la vocation propre à chacun et à lui trouver un lieu d’exercice, ce qui n’est pas aisé dans le monde moderne ignorant ou déniant toutes ces notions. Jésus répond à ce problème par L’Ouvrier de la Onzième heure (P 219 = Mt 20/01-16). La Gita aussi : Mieux vaut accomplir son devoir propre (sva-dharma), même s’il est sans mérite, ou de manière imparfaite, qu’accomplir, même parfaitement, celui d’autrui (BG 03/35).
NON-AGIR et PERFECTION (BG 03/04)