KARMA et JNANA YOGA

KARMA et JNANA YOGA

BG 03/03 Commentaire Théorique et Méditation Opérative

KARMA et JNANA YOGA

KARMA et JNANA YOGA

En ce monde, deux sortes de voies conduisent à réaliser la vérité absolue…

celle des spéculatifs, qui s’exercent au yoga de la connaissance philosophique,

le samkhya,

et celle des yogis en action, qui agissent dans un esprit de sacralité.

(BG 03/03)

Théorie :

1        Une voie de yoga désigne un chemin spirituel permettant de passer d’une conception duelle de l’existence (moi et le monde, ou moi et Dieu) à une  conception non-duelle (moi n’est qu’une manifestation de Dieu se situant en Dieu). Les mystiques chrétiens s’approchent de ce chemin ou le pratiquent. Mais la foi théologique est duelle, à cause de la conception créationniste, qui est un dogme central des religions abrahamiques dont fait partie le christianisme (Dieu tire la créature du néant : creatio ex nihilo).

2        Le yoga envisage traditionnellement trois voies : karma (action), bhakti (amour dévotionnel), jnana (connaissance spirituelle non-duelle). Elles correspondent à la conception tripartite de l’humain : corps, âme, esprit (latin : corpus, anima, spiritus) (grec : soma, psychè, pneuma). Le christianisme originel connaissait ce trio de voies, mais l’a depuis oublié, au profit de la conception duelle corps-mortel/âme-immortelle et toujours séparée de Dieu.

3        Or ce sutra ne présente que deux voies : pourquoi ? Parce que l’amour est un intermédiaire, tenant de l’action, par l’empressement amoureux à servir, et de la connaissance, en mode intuitif et sentimental cependant plus qu’intellectuel et métaphysique. Le bhakti yoga tient donc des deux voies envisagées ici, comme le psychisme tient du corporel et du spirituel.

4          Le mot samkhya signifie littéralement ‘le dénombrement’ ; il désigne la théorie philosophique dont le yoga constitue la pratique. La Bhagavad gita résume l’enseignement du samkhya. Le samkhya expose comment le principe divin, Ishvara, se scinde en deux entités, purusha (chinois : yang) et prakriti (chinois : yinn), dont la conjonction crée le monde matériel (BG 14/05). Le yoga, par l’ascèse, fait remonter l’être spirituel incarné vers Ishvara et au-delà, vers Brahman, l’Absolu. Ce processus se nomme ‘le salut par la connaissance’ et le mot jnana, dans jnana yoga, signifie précisément ‘connaissance spirituelle’ ; son équivalent grec est le mot gnosis (français : gnose), que Jésus emploie dans l’Évangile (Lc 11/52 = P 171).

5        Le karma yoga est la voie spirituelle des hommes de tempérament plus actif que contemplatif. C’est le ‘yoga dans l’action’ plutôt que le ‘yoga de l’action’, car il s’agit de faire bien ce qui doit être fait pour l’ordre du monde (esprit de sacralité), sans s’attacher aux fruits de l’action inévitablement mortels. Bien qu’importante, l’action n’est pas première dans le yoga dans l’action ; l’essentiel réside dans la justesse de l’action et le détachement des fruits de l’action. C’est pourquoi, paradoxalement, le karma yoga culmine dans l’art du non-agir (BG 04/20) dont il sera question plus loin dans le texte.

6        Bien que les occidentaux modernes soient massivement des hommes d’action, le karma yoga leur est étranger presque autant que le jnana yoga.

7         L’essentiel maintenant : la notion de vérité absolue. Le christianisme théologique n’envisage la vérité que dogmatique et incompréhensible, voire contradictoire comme les ‘trois personnes divines du Dieu unique chrétien’. La science profane ne connaît que les vérités relatives d’hypothèses transitoires. L’idée d’une vérité absolue, et de plus accessible à l’humain par la connaissance métaphysique et la méditation, est assez inconcevable pour la plupart des Occidentaux.

Pratique :

1        Aucun humain n’est purement actif ou purement contemplatif. Il importe d’abord de savoir à quel tempérament dominant chacun appartient, pour identifier ensuite le chemin spirituel adapté et dans quelles proportions répartir le karma et le jnana yoga. Le karma aussi bien que le jnana yogi aura la Bhagavad Gita comme manuel, mode d’emploi et guide. Il n’est guère possible, dans l’état actuel des spiritualités, de trouver un exposé plus clair et synthétique de la théorie et de la pratique spirituelle.

2        Dans un cas comme dans l’autre, une longue réflexion s’imposera sur la notion de vérité absolue. Nul ne saurait atteindre un but auquel il ne croit pas (BG 17/03). Celui qui doute qu’il y ait une vérité absolue tournera dans le samsara indéfiniment (BG 16/08 et 20). Comme le dit Jésus dans l’Évangile gnostique selon Philippe : Un âne qui tourne autour d’une meule peut faire cent miles, quand on le détache, il est toujours au même endroit… (Philippe 52). Par conséquent, tout doute vis-à-vis du fait qu’il existe une vérité absolue (qui n’est autre que Dieu lui-même) et qu’elle soit accessible par l’être présentement incarné en humain, doit être totalement dominé (BG 04/42, 18/73).

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